Toute ressemblance avec des faits réels, des situations et des personnes existantes ou ayant existé décrits dans cet article ne sont ni fortuits, ni fictifs!
Il était une fois, dans l'ouest Africain et, plus précisément dans un pays qui s'appelle le Sénégal...
Deux hommes. L'un est autochtone, donc, noir. L'autre blanc, toubab!
Ils se rencontrent parce-que le second à besoin d'un chauffeur pour l'emmener à Dakar. Le premier...est, oh coïncidence: chauffeur!
Une connaissance commune présente donc Amadou à Jean, Jean à Amadou.
Amadou est jeune, la trentaine naissante. Grand, souriant, Wolof, Musulman. Jean frise la cinquantaine. Il vient de débarquer au Sénégal avec femme et adolescents. La famille est tombée amoureuse du Sénégal quelques mois plus tôt, lors d'un séjour dans un club-hôtel de Nianing. Tellement, qu'ils ont décidé d'acheter une case dans une résidence de Saly.
Quelques formalités sont nécessaires, quelques achats également. En ce temps-là, même à Mbour, il n'y a pas grand-chose, pas grand choix pour équiper une maison, s'installer. Dakar est à quasi 4 heures de route à l'époque épique du goudron d'enfer et de la circulation "locale"... Jean n'ose encore trop conduire dans ce cauchemar routier et n'a, de toute façon pas de voiture!
Amadou a une bonne tête et un break Passat. Marque et modèle rares au pays des Peugeot et Renault fatiguées...
La journée se passe à merveille. Amadou conduit bien, connaît parfaitement Dakar et est d'une efficacité redoutable dans le dédale administratif et commercial de la capitale.
Les relations humaines étant ce qu'elles sont dans ce pays, Amadou et Jean deviennent quasi instantanément potes. Puis, copains et, très vite amis! Ils vont souvent se revoir. Jean et sa petite famille ont souvent besoin d'aide, de conseils, de chauffeur, de guide, de débrouilleur d'embrouilles...
Amadou est très raisonnable dans le prix de ses prestations et ne compte ni ses heures, ni sa peine pour rendre service.
A chaque séjour, Amadou est là, fidèle, amical. Durant les périodes où la famille toubab est en Europe, Amadou veille à la maison, s'occupe des locations, du personnel, des navettes aéroport et des excursions. Efficace, discret et désintéressé. Bien évidemment, cette relation lui permet de vivre, de gagner sa vie, de se faire de nouvelles relations, d'aider sa propre famille.
Une nuit, la bonne vieille Passat heurte un bloc de béton déplacé par les riverains fatigués des travaux routiers dans leur village. Amoul VW et Amadou blessé. Légèrement certes mais dans l'incapacité de travailler, d'autant que la voiture est détruite.
Jean n'est pas riche mais, il a un ami, Amadou. Il apprend, par des locataires, la mésaventure de son frère de couleur et lui propose d'acheter un nouveau véhicule. L'achat de la Passat n'était pas encore soldé et Amadou se retrouvait sans travail: Jean, de son côté, avait déjà effleuré l'idée d'acquérir son propre véhicule. Une évidente solution allait se ficeler sans délai, sans contrat, dans la simple confiance de l'amitié.
Quand Jean arrive à Yoff, Amadou l'accueille dans LEUR voiture, un super Patrol qu'Amadou a déniché, rafraîchi, customisé sobrement. Super engin pas même fatigué par 6 ans de métropole et 6 autres sur le goudron et la latérite du Sénégal.
Quand Jean est au pays, il s'arrange avec Amadou pour disposer équitablement de la voiture et, quand Jean est en Europe, Amadou fait ses navettes aéroport, ses excursions. Le véhicule est parfaitement entretenu par Amadou sans que jamais Jean ne doive participer aux frais.
La correction d'Amadou, son travail, sa sympathie, son efficacité, son honnêteté lui valent de nombreux clients toubabs sur la station touristique de Saly et une réputation fructueuse auprès les Sénégaulois de passage et des résidents.
Au fil des ans, non seulement Amadou aide sa famille, mais gagne assez d'argent pour aider son propre frère à acheter un véhicule, prend un associé pour créer une petite structure "chauffeurs/guides".
Amadou souhaite changer de véhicule, en parle à Jean qui lui laisse carte blanche pour la gestion de son parc automobile. Seul deal, quand Jean est au Sénégal, Amadou vient le chercher à Yoff et lui laisse le véhicule à disposition. Ils ne parlent jamais argent, entretiens, assurances, frais. Amadou gère sans jamais rien réclamer à Jean!
Quand la famille vendra la case en résidence pour construire en brousse, Amadou sera là! Il s'occupera de tout l'administratif. Achètera à son propre nom le terrain de Jean avant de lui céder dans les règles de l'art, en bon père de famille et sans prendre un cfa de bénéfice. Cette confiance permettra à Jean d'acquérir son terrain à prix correct et sans tracasserie aucune.
Plus tard, Amadou supervisera le chantier, jour après jour. Quand la case sera terminée, Jean lui proposera d'habiter sur son terrain. Une première case ayant été construite, Amadou aménagera ainsi en gérant le gardiennage, le jardinage, l'entretien de la propriété.
Amadou s'occupera de tout, absolument de tout, même des factures Sénélec et d'une partie du salaire du personnel de maison. Bien évidemment, aucun loyer ne lui est réclamé par Jean!
Amadou vit seul dans sa case qu'il entretient et améliore au fil des ans et des khalis. Sa famille vit à Mbour et Dakar. Lui, son business est à Saly et, malgré que les temps soient difficile pour ceux qui vivent du tourisme, Amadou se débrouille, se démerde.
Amadou est venu en Europe, accueilli, chaque fois, par toute la famille de Jean. Il s'en retourne chez lui sans même avoir un seul jour rêvé de rester en métropole. Son pays, son métier, sa famille, c'est au Sénégal!
Cette histoire est bien incomplète tant les anecdotes, les coups durs gérés ensemble, les instants magiques, les conversations riches, les découvertes ont émaillé l'histoire d'Amadou et Jean.
Ah oui, un détail: cette belle et véritable histoire se poursuit depuis bientôt 17 ans...
Alors, si ce récit vous a plu, s'il corrobore ce que vous avez vécu d'amitié, de fraternité vraie entre un toubab et un sénégalais, ce ne sera qu'une pierre de plus à l'édifice des belles relations sénégalo-toubab. Si, par contre, que vous soyez blanc ou noir et que vous avez raté votre rencontre. Que votre expérience est douloureuse, décevante; sachez que ça existe et qu'on peut être heureux et rendre heureux. Que ça ne dépend que de nous!
La girafe